Le Handi-Pacte Nouvelle-Aquitaine a organisé, le mardi 22 septembre 2026, une demi-journée consacrée au rôle de l’encadrement et du tutorat dans l’accompagnement des agents en situation de handicap.
Cette rencontre visait à mieux comprendre les contraintes rencontrées par les managers, notamment face aux situations de handicap invisible, et à identifier des leviers pour construire un accompagnement adapté et durable. Les échanges se sont appuyés sur des apports méthodologiques, les expériences des participants et le retour d’expérience du dispositif de tuteur-relais développé à Angers.
L’encadrant au cœur d’un écosystème
Les premiers échanges ont rappelé que l’encadrant est un acteur essentiel de l’inclusion. Il intervient au sein d’un écosystème composé notamment de sa hiérarchie, des ressources humaines, des services de prévention, du référent handicap, de l’assistant de service social et de partenaires externes.
L’accompagnement d’un agent ne repose donc pas uniquement sur la relation entre le manager et la personne concernée. Il dépend d’un ensemble d’acteurs, de contraintes et d’attentes parfois contradictoires.
Les apports méthodologiques ont également porté sur les postures relationnelles. Le triangle de Karpman permet notamment de repérer les rôles de « persécuteur », de « victime » et de « sauveur » qui peuvent apparaître dans une situation d’accompagnement.
L’objectif est d’éviter de s’installer dans ces postures et de revenir à une relation équilibrée, dans laquelle chacun conserve sa place et ses responsabilités. Une meilleure compréhension des impacts du handicap permet également de dépasser les interprétations spontanées, notamment face à la fatigabilité ou aux phénomènes de sur-adaptation, et de rechercher des ajustements adaptés au travail.
Des besoins de formation renforcés
Les travaux en sous-groupes ont fait ressortir plusieurs difficultés communes. La première concerne la sensibilisation encore insuffisante des encadrants, alors même qu’ils jouent un rôle déterminant dans l’accueil, la reprise de poste et le maintien dans l’emploi.
Les participants ont souligné l’intérêt de rendre la formation plus systématique lorsqu’un agent en situation de handicap rejoint ou réintègre une équipe.
Les formations au tutorat n’intègrent pas toujours suffisamment les enjeux liés au handicap. Les participants souhaitent davantage d’apports sur la compensation, les adaptations possibles et la manière de poser un cadre clair, afin d’accompagner l’agent sans se substituer à lui.
Le tuteur-relais : l’expérience d’Angers
Le dispositif de tuteur-relais mis en place par la ville d’Angers, le CCAS et Angers Loire Métropole depuis 2022 a permis d’illustrer une piste d’action concrète.
Ce dispositif est issu d’une évolution progressive des pratiques d’accompagnement : un réseau de tuteurs classiques, l’introduction du job coaching, puis la création d’une fonction intermédiaire capable de soutenir à la fois l’agent et le management.
Le tuteur-relais n’est ni manager ni psychologue. Il intervient comme tiers neutre auprès de l’agent et comme pair-aidant auprès du manager. Son rôle consiste à écouter, à repérer les difficultés et à passer le relais lorsque cela est nécessaire.
Il contribue ainsi à prévenir les situations de rupture professionnelle, sans adopter une posture de « sauveur ».
Un appui pour l’agent et le manager
Pour l’agent, l’accompagnement vise à soutenir le retour ou le maintien dans l’emploi, à mieux comprendre les conséquences du handicap, à développer le pouvoir d’agir et à faciliter l’appropriation des attendus du poste.
Pour le manager, le tuteur-relais aide à mieux comprendre le handicap, les phénomènes de sur-adaptation et les moyens de compensation. Il l’accompagne également dans la recherche d’une posture de soutien, sans surprotection.
Au sein de la ville d’Angers, cinq agents ont été accompagnés. Les situations se sont stabilisées et le lien avec l’emploi a été renoué. Le dispositif a également offert aux managers un appui neutre et sans jugement, en s’appuyant sur des savoir-faire internes.
Des conditions de réussite
Plusieurs conditions ont été identifiées pour assurer la réussite d’un dispositif de tuteur-relais :
- disposer d’un cadre méthodologique reproductible,
- accepter une construction progressive par essais et ajustements,
- inscrire le dispositif dans une logique d’apprentissage continu,
- s’appuyer sur une ressource interne ayant une expérience du tutorat et du management,
- poser des limites et laisser à l’agent sa part d’action,
- rechercher des ajustements conciliant les capacités de l’agent, les contraintes du poste et l’efficacité collective.
La culture de l’organisation reste déterminante. L’accompagnement repose sur une responsabilité partagée entre l’agent, le tuteur, le manager et les autres acteurs mobilisés.
Une approche collective et systémique
La rencontre a rappelé qu’il n’existe pas de solution unique. Chaque situation doit être replacée dans son environnement de travail.
Le référent handicap peut contribuer à remettre en mouvement une situation figée, à réinterroger les objectifs initiaux et à vérifier si les stratégies mises en œuvre répondent toujours aux besoins de l’agent, du manager et de l’organisation.
Revenir régulièrement aux finalités de l’accompagnement permet de mieux concilier les besoins d’inclusion avec les contraintes opérationnelles du service.
Les leviers à retenir
Plusieurs orientations ont été dégagées au terme de la rencontre :
- développer la pair-aidance et les relais internes, en s’inspirant du modèle du tuteur-relais,
- renforcer et systématiser la formation des encadrants, notamment sur le handicap invisible, la fatigabilité, la sur-adaptation et la compensation,
- intégrer davantage la dimension handicap dans les formations au tutorat,
- mobiliser les partenaires et les dispositifs disponibles, notamment les ESAT, les entreprises adaptées et le réseau Handi-Pacte,
- inscrire les actions dans une démarche d’amélioration continue et tenir compte du temps nécessaire à l’évolution de la culture organisationnelle.
L’appui du FIPHFP
Le FIPHFP peut financer la rémunération et les charges liées au tutorat dans la limite de 228 heures par an.
Cette aide temporaire concerne notamment la prise ou la reprise de poste. Elle nécessite la nomination officielle du tuteur ainsi que le dépôt d’une demande via la plateforme PEPS.
Cette demi-journée a souligné la nécessité de mieux accompagner les tuteurs et les managers dans l’intégration et le maintien en emploi des agents en situation de handicap.
Le développement de relais, comme le tuteur-relais, permet de soutenir l’agent et l’encadrement tout en clarifiant les responsabilités de chacun. L’objectif est de favoriser un accompagnement collectif, adapté aux besoins de la personne et aux réalités de la situation de travail.