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En Martinique, une journée pour trouver ensemble des solutions au maintien dans l’emploi

Mardi 27 octobre 2026, plus de 30 participants se sont retrouvés à Rivière-Salée, en Martinique, pour une journée organisée dans le cadre du Handi-Pacte Antilles-Guyane du FIPHFP.

Au programme : adaptation des postes de travail, compensation du handicap psychique et recherche collective de solutions aux difficultés rencontrées par les employeurs publics et les référents handicap.

Accueillie dans les locaux de la Communauté d’agglomération de l’Espace Sud Martinique (CAESM), cette rencontre a bénéficié de l’accueil chaleureux de la collectivité. Le FIPHFP remercie tout particulièrement son président, ainsi que Karine Deluge, référente handicap, pour sa disponibilité et son implication tout au long de la journée.

Adapter les postes de travail : trouver le juste équilibre

Comment concilier les besoins de compensation d’un agent en situation de handicap, les contraintes du collectif de travail et le bon fonctionnement du service ? Cette question a guidé les échanges de la matinée, en présence de Nadine Montbrun, directrice territoriale au handicap du FIPHFP pour les Antilles-Guyane.

Après un rappel du cadre juridique de l’aménagement raisonnable, les participants ont approfondi le rôle du référent handicap : accompagner l’agent, conseiller les managers et coordonner les acteurs pour construire des solutions adaptées et durables.

Philippe Abdessemed, ergonome du cabinet ACTITUDES, a illustré cette démarche à travers sa méthodologie d’analyse des situations de travail et des retours d’expérience issus de la fonction publique en Martinique. Son intervention a rappelé qu’un aménagement réussi ne repose pas uniquement sur des équipements, mais aussi sur une organisation du travail qui préserve l’équilibre de l’agent et de son équipe.

 

Handicap psychique : l’Emploi Accompagné, un véritable stabilisateur

L’intervention d’Orianne Eutionnat et de l’équipe de l’AARPHA, qui porte le dispositif Emploi Accompagné en Martinique, a permis de mieux comprendre les spécificités de la compensation du handicap psychique.

Au fil des échanges, les professionnels ont détaillé un accompagnement qui va bien au-delà du simple suivi professionnel.

Leur première mission consiste souvent à jouer un rôle de médiateur, voire d’interprète des situations vécues. Certaines personnes présentant un handicap psychique peuvent interpréter des événements professionnels de manière particulièrement anxiogène. Un échange avec un collègue, une remarque du manager ou un changement d’organisation peuvent alimenter des inquiétudes et générer des tensions.

L’accompagnant revient alors sur les événements, aide la personne à les remettre en perspective et propose d’autres clés de compréhension. Ce travail agit comme une véritable « soupape de décompression », permettant de désamorcer certaines tensions avant qu’elles ne s’aggravent.

L’accompagnement s’appuie également, avec l’accord de la personne, sur des liens avec les professionnels du soin. Les observations objectives concernant le travail peuvent éclairer le suivi psychiatrique et contribuer, lorsque cela est nécessaire, à l’adaptation de la prise en charge médicale.

Mais l’action porte aussi sur l’environnement professionnel. En échangeant avec les managers et les collectifs de travail, les accompagnants favorisent une meilleure compréhension des difficultés rencontrées. Les interactions deviennent plus adaptées, les malentendus diminuent et les relations professionnelles s’apaisent.

L’environnement familial peut également être associé à la démarche, notamment lorsque les proches, inquiets d’une éventuelle rechute, se montrent très protecteurs.

L’Emploi Accompagné apparaît ainsi comme un véritable amortisseur des tensions, contribuant à stabiliser la situation professionnelle de la personne. Cette compensation par l’aide humaine, moins visible qu’un aménagement matériel, peut être tout aussi déterminante pour réussir un maintien dans l’emploi.

Les échanges ont également souligné l’importance de préparer les retours au travail après un arrêt prolongé pour des troubles psychiques. Engager, lorsque cela est possible, un accompagnement avant la reprise permet d’anticiper les difficultés, de rassurer la personne et de préparer son environnement professionnel. Un levier précieux pour limiter les risques de déstabilisation et favoriser une reprise durable.

Des ateliers au plus près des préoccupations des référents handicap

L’après-midi a pris la forme d’un grand atelier collectif, privilégiant les échanges directs autour des situations apportées par les participants.

Trois thèmes ont structuré les discussions :

  • les aides du FIPHFP,
  • les partenaires à mobiliser,
  • les bonnes pratiques des employeurs.

Transports adaptés, financement d’actions de sensibilisation, souplesse des conventions, formation et reconversion professionnelle : les questions ont été nombreuses. Les participants ont pu explorer les possibilités du catalogue des interventions du FIPHFP, retrouver des ressources pratiques et partager leurs expériences.

Ces échanges ont notamment confirmé l’importance de mieux faire connaître les aides existantes, mais également leurs conditions et leurs limites, auprès des agents comme des employeurs.

Une situation complexe, un parcours de solutions construit ensemble

L’une des situations présentées a particulièrement illustré l’intérêt de cette intelligence collective.

Une référente handicap a évoqué le cas d’une agente rencontrant des difficultés professionnelles récurrentes, susceptibles d’être liées à des troubles cognitifs, mais sans reconnaissance administrative du handicap. Face à une situation difficile à aborder avec l’intéressée, l’employeur semblait dans l’impasse.

Comment avancer sans présumer de son état de santé ni imposer une démarche ?

Progressivement, les participants ont identifié les différentes étapes d’un accompagnement possible.

D’abord, mobiliser une expertise locale : l’AARPHA dispose de compétences permettant d’évaluer certaines difficultés cognitives et leurs conséquences sur le travail. Ensuite, rechercher le financement : le FIPHFP peut, sous certaines conditions, financer une évaluation des capacités professionnelles sur prescription du médecin du travail, même sans reconnaissance préalable comme bénéficiaire de l’obligation d’emploi.

Restait à construire le chemin permettant d’y parvenir.

Le manager pourrait organiser un entretien avec l’agente, en s’appuyant exclusivement sur des difficultés professionnelles observables, sans jugement ni interprétation médicale. Comme l’a souligné un participant, mieux vaut disposer de quelques éléments « irréfutables » que multiplier les appréciations subjectives.

L’objectif serait d’ouvrir le dialogue, d’écouter l’agente et de favoriser son orientation vers le médecin du travail.

En parallèle, le référent handicap, avec l’appui de Cap emploi, pourrait identifier l’expertise mobilisable et les modalités de financement, afin d’éclairer le médecin du travail sur les possibilités d’évaluation.

En quelques échanges, une situation apparemment bloquée s’est transformée en un parcours d’accompagnement envisageable. Les compétences existent, les financements peuvent être mobilisés et les partenaires sont présents : tout l’enjeu est de les mettre en synergie.

Cet exemple résume parfaitement le rôle du référent handicap : imaginer et coordonner un parcours permettant à l’agent et à l’employeur d’avancer ensemble.

Une dynamique qui se poursuivra en 2027

Cette journée s’inscrivait également dans la préparation du programme d’actions 2027 du Handi-Pacte Antilles-Guyane. Une enquête menée sur les trois territoires, ayant recueilli 48 réponses, a confirmé les attentes des référents handicap : mieux connaître les aides du FIPHFP, approfondir les questions de reclassement, de handicaps invisibles et de risques psychosociaux, et surtout disposer d’outils directement utilisables.

Ces attentes confortent le choix de journées associant interventions d’experts et ateliers pratiques, complétées par des webinaires, des ressources accessibles en autonomie et des échanges entre référents.

Au-delà des connaissances partagées, cette rencontre martiniquaise a démontré toute la force du réseau : confronter les expériences, mobiliser les expertises et construire ensemble des solutions concrètes pour faire progresser l’inclusion professionnelle dans la Fonction publique.

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