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L’inclusion du handicap dans les collectivités : un engagement durable du CDG de Haute-Corse.

Acteur clé depuis plus de dix ans, le CDG 2B déploie des actions concrètes avec ses partenaires pour faire du service public territorial un moteur d’inclusion. Le Handi-Pacte du FIPHFP en Corse est allé à la rencontre d’Henri Muretti, référent handicap du CDG de Haute-Corse.

Illustration de personnes en pleine discussion autour d'une table

Pouvez-vous décrire votre rôle en tant que référent handicap au sein du centre de gestion ?

Mon rôle de référent handicap, c’est d’accompagner les collectivités dans leurs démarches liées à l’insertion et au maintien dans l’emploi des agents en situation de handicap. Je suis là pour les conseiller, les orienter et les aider à trouver des solutions adaptées.

Concrètement, ça passe par plusieurs choses :

  • Informer et sensibiliser sur les droits et les dispositifs existants,
  • Conseiller les employeurs publics dans leurs démarches,
  • Accompagner les agents en situation de handicap, que ce soit au moment de leur insertion ou pour leur maintien dans l’emploi,
  • Faciliter la mobilisation des aides techniques, humaines ou financières disponibles.

C’est donc un rôle double : un accompagnement individuel auprès des agents, et un soutien organisationnel auprès des collectivités.

Je suis aussi préventeur des risques : je dirige le pôle santé et sécurité au travail du CDG, donc j’accompagne les collectivités adhérentes sur ces sujets-là également.

Qu’est-ce que ça implique d’animer une convention avec le FIPHFP au quotidien ?

Animer une convention avec le FIPHFP, c’est à la fois un travail de coordination, de suivi et d’accompagnement. Au quotidien, ça veut dire :

  • Informer et accompagner les collectivités pour qu’elles puissent bénéficier des financements du FIPHFP, notamment quand il y a des nouveautés dans les catalogues ou des dispositifs spécifiques, comme l’avancement dérogatoire ou les nouveaux financements de l’apprentissage. Les employeurs ont souvent plein de questions sur la mise en œuvre,
  • Aider à monter les dossiers de demande d’aide, surtout quand c’est une première,
  • Assurer le suivi administratif et financier,
  • Mettre en place des actions de sensibilisation et de formation,
  • Rendre compte régulièrement des résultats obtenus, avec un reporting annuel au FIPHFP.

C’est donc un rôle qui mélange la gestion, le conseil et le terrain. Aujourd’hui, nous en sommes à notre 4ᵉ convention depuis 2011. Nous avons été les premiers en Corse à conventionner avec le FIPHFP ! À l’époque, nous avions beaucoup de sollicitations de la part des collectivités et des agents sur ces problématiques. Comme c’était lié à nos missions en prévention des risques, et qu’en plus nous avions rencontré la déléguée du FIPHFP, nous avons saisi l’occasion pour nous engager sur ce sujet et monter en compétence.

Quelles sont les principales actions prévues par la convention actuelle ?

Il est vrai que les conventions ont évolué au fil des années. La convention actuelle prévoit plusieurs actions concrètes comme le soutien au recrutement de personnes en situation de handicap, l’accompagnement des agents déjà en poste pour leur maintien dans l’emploi, notamment via la mise en place d’adaptations matérielles ou organisationnelles si nécessaire.

La convention actuelle prévoit notamment :

  • Recrutement : favoriser l’embauche de personnes en situation de handicap dans les collectivités, par exemple avec des contrats aidés ou l’apprentissage,
  • Maintien dans l’emploi : accompagner les agents dont l’état de santé nécessite un aménagement de poste, en mobilisant les aides techniques, humaines ou organisationnelles,
  • Sensibilisation et formation : proposer des actions à destination des encadrants, agents et élus, pour développer une culture inclusive.

Par exemple, pendant la convention précédente, lors de la SEEPH, nous avons participé à des opérations communes avec d’autres employeurs conventionnés en Corse, comme la mairie de Bastia, la Préfecture ou la Collectivité. On a organisé un spectacle d’humour (Ça sent l’eucalyptus de Marjolaine Pottlizer) autour du handicap, ouvert à l’ensemble de nos agents. On a aussi diffusé chaque jour un message vidéo humoristique sur différentes thématiques : handicap invisible, apprentissage, RQTH, etc.
À ces grands axes s’ajoute aussi une action un peu particulière, qu’on pourrait qualifier « d’innovante ». En partenariat avec le GRETA de Haute-Corse et Cap Emploi, nous avons lancé un parcours baptisé « Plateforme découverte des métiers dans les collectivités », et il a rencontré un vrai succès.

Concrètement, une convention a été signée avec le GRETA-CFA pour assurer la partie formation théorique en centre, c’est-à-dire développer des compétences sur la recherche d’emploi, la mise à jour en informatique, la conduite d’un entretien, des ateliers CV, la formation de secouriste etc…bref améliorer l’employabilité et renouer avec le monde professionnel. Et derrière, 11 personnes en recherche d’emploi – toutes bénéficiaires de l’obligation d’emploi inscrites chez Cap Emploi – ont pu vivre une immersion dans les collectivités. Ça s’est fait dans différents domaines comme les espaces vert, la petite enfance, la restauration ou l’administratif.

Résultat concret : deux d’entre elles ont prolongé l’expérience en signant un contrat d’apprentissage, l’une à Ville di Pietrabugno et l’autre à Biguglia.

Ces actions répondent à la fois aux obligations légales et aux besoins des collectivités. La convention, aujourd’hui, est devenue un vrai outil stratégique pour renforcer l’inclusion dans la fonction publique territoriale en Haute-Corse.

Comment sont identifiés les besoins des collectivités en matière de handicap ?

Les besoins, on les repère grâce aux échanges réguliers avec les collectivités, aux retours des agents, et aux situations qu’on rencontre sur le terrain. On suit aussi les demandes d’aides et les difficultés exprimées par les employeurs publics.
Je me déplace souvent pour travailler sur d’autres sujets liés à l’hygiène et la sécurité, comme l’aménagement de hangars ou la réalisation du document unique. Et lors de ces visites, les discussions dévient très souvent vers le maintien dans l’emploi ou les difficultés rencontrées. C’est souvent là que les besoins ressortent le plus clairement.

Quels types de projets ou d’aides sont les plus souvent sollicités ?

La demande numéro un, c’est le maintien dans l’emploi. Les collectivités veulent avant tout permettre à leurs agents de continuer à travailler dans de bonnes conditions, malgré leur handicap. Ça peut être un aménagement technique, humain ou organisationnel.

Ensuite, le recrutement reste un axe fort, surtout grâce aux dispositifs de soutien du FIPHFP, notamment sur l’apprentissage, qui est très important.

Quelles relations entretenez-vous avec le FIPHFP ?

On a des échanges réguliers et constructifs. Le suivi des actions, les bilans, les accompagnements : tout ça se fait en lien étroit avec eux. Et je dois dire que le Directeur Territorial du Handicap est très accessible et réactif, ce qui facilite beaucoup les choses.

Impliquez-vous aussi d’autres partenaires ?

Oui, bien sûr. On travaille en lien avec Cap Emploi, la MDPH, la médecine préventive, des associations spécialisées, et le Handi-pacte.

  • Avec le Handi-pacte, on participe activement aux réunions et événements du réseau. On en a même accueilli certains.
  • Avec Cap Emploi, on est en contact très régulier, que ce soit pour le recrutement ou le maintien.
  • Avec la médecine préventive, on travaille sur les préconisations d’aménagements et le suivi médical.
  • Et avec les associations spécialisées, on mobilise leur expertise sur certains handicaps en particulier. Par exemple, j’ai travaillé plusieurs fois avec ISATIS pour une personne concernée par le handicap psychique, l’association était venue sensibiliser le collectif de travail pour expliquer comment mieux communiquer avec l’agent en situation de handicap. Une autre fois on a aussi travaillé avec une interprète en lange des signes pour accompagner une personne sourde.

Cette coopération est indispensable pour construire des solutions efficaces et adaptées.

Quels résultats concrets a donné la convention ?

Les plus visibles :

  • Des agents qui ont pu continuer à exercer leur métier grâce à des aménagements adaptés,
  • Du matériel spécifique mis en place (mobilier, informatique, réorganisation du temps de travail),
  • Une sensibilisation accrue des équipes et des encadrants,
  • Des recrutements inclusifs, avec de nouvelles personnes intégrées dans les collectivités.

Un exemple qui m’a marqué : lors d’une précédente convention, j’avais accompagné une candidate en période de découverte (notre action innovante dont j’ai parlé). Je pensais devoir convaincre le maire de la garder, en lui expliquant toutes les aides possibles. Mais avant même que je commence mon argumentaire, il m’a dit : « Je la prends ! » Résultat : elle a signé un contrat d’apprentissage, et aujourd’hui, elle est titulaire de la Fonction publique.

Sur les deux dernières conventions, environ 25 personnes en situation de handicap ont fait un contrat d’apprentissage dans nos collectivités. Certaines ont ensuite décroché un emploi durable. Ce sont de vraies réussites, et c’est très gratifiant d’avoir contribué à ces parcours.

Quelles améliorations pourraient être apportées aux conventions des centres de gestion ?


Deux choses me semblent importantes :

  • Simplifier les démarches administratives, notamment pour les petites communes. Pour elles, ce sont des procédures peu fréquentes, donc souvent compliquées à gérer,
  • Avoir un interlocuteur dédié au sein de la plateforme des aides, pour gagner en efficacité et lever certaines ambiguïtés sur l’interprétation du catalogue.

Si vous aviez davantage de moyens, quelles actions aimeriez-vous développer ?

Je pense que la plateforme de prêt de matériel A Chjarina, portée en Corse par l’association l’Operata, est une initiative très utile. J’y fais appel de temps en temps. Mais avec 235 communes affiliées, il y aurait sans doute de la demande pour développer une plateforme interne, en complément.

Et que diriez-vous aux centres de gestion qui n’ont pas encore signé de convention ?

Je leur dirais que c’est un vrai levier pour agir concrètement. Ça permet non seulement de bénéficier d’un soutien financier et administratif, mais aussi d’avoir l’appui opérationnel du Handi-Pacte, de Cap Emploi et du FIPHFP lui-même. C’est un outil qui donne aux collectivités les moyens d’agir efficacement et de façon coordonnée.

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