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Corse - Rencontre avec la nouvelle gouvernance de Cap Emploi

Cap Emploi en Corse dispose désormais d'une nouvelle gouvernance. L’occasion est de mettre en lumière les missions, évolutions, enjeux… du Cap Emploi de Corse à travers le regard de Marie-Ange Belluso, sa directrice,  et de François Venturi, son directeur régional adjoint.

Marie-Ange Belluso et François Venturi

Pouvez-vous rappeler le rôle et les missions de Cap Emploi ?

Marie-Ange Belluso : Les missions de Cap Emploi s'articulent autour de deux axes majeurs : l'insertion et le maintien dans l'emploi des personnes en situation de handicap. Nous accompagnons d'une part les demandeurs d'emploi vers une insertion durable, et d'autre part les agents pour sécuriser leur parcours professionnel. Enfin, nous apportons notre expertise aux employeurs, tant pour leurs processus de recrutement que pour leurs besoins liés au maintien en poste. Nous sommes donc l'interface entre les bénéficiaires et les employeurs.

Un nouveau duo pour une nouvelle gouvernance : pouvez-vous présenter vos parcours respectifs ?

Marie-Ange Belluso : Je suis directrice de la structure et de l'association gestionnaire (A Murza) depuis le 1er janvier 2025. Je connais bien la maison puisque j'y suis entrée en 2001 ; je suis donc "nouvelle sans l'être vraiment". En 25 ans, j'ai vu la structure et les politiques du handicap évoluer. On ne parle plus seulement d'insertion, mais d'inclusion. Aujourd'hui, les employeurs ont moins de réticences et une meilleure connaissance du sujet.

Dans le cadre de notre réorganisation, nous avons mis en place des fonctions régionales pour la direction et créé des postes de référents de service afin de mieux structurer notre action sur l'ensemble du territoire.

François Venturi : Je suis directeur régional adjoint. J'ai rejoint Cap Emploi très récemment, le 5 mai 2025, après avoir achevé mes études en 2023. Je suis issu d'une formation en droit public et direction de collectivité territoriale effectuée à Aix-en-Provence.

Après une première expérience au sein de la Direction régionale des finances publiques de Corse, j'ai rejoint le secteur privé, notamment au MEDEF, où j'ai occupé un poste de direction. Cette opportunité chez Cap Emploi est passionnante : je rejoins une équipe dotée d'une expertise fine, tout en ayant la possibilité d'imaginer de nouvelles choses grâce à la restructuration actuelle. Il reste encore de nombreux défis à relever pour faire évoluer le regard professionnel sur le handicap.

Autre nouveauté : le rapprochement avec France Travail. Qu’est-ce qui a concrètement changé dans vos pratiques ?

Marie-Ange Belluso : Le changement majeur est la mise en place du "Lieu Unique d'Accompagnement" (LUA). Désormais, nous accueillons tous les publics directement au sein des agences France Travail.

Des "Teams Handicap", composées de conseillers France Travail et Cap Emploi, ont été créées dans chaque agence. Le public est orienté selon ses besoins : Cap Emploi se concentre sur les personnes nécessitant un fort besoin de compensation ou de rétablissement, tandis que France Travail accompagne ceux dont le handicap impacte moins le projet professionnel.

Cette proximité permet un partage de compétences : les collègues de France Travail s'approprient davantage le sujet du handicap et sont désormais plus à l'aise pour présenter des candidats en situation de handicap aux employeurs. C'est un accompagnement plus agile : les personnes peuvent changer d'interlocuteur selon l'évolution de leur situation. Sauf cas particuliers liés au handicap, nous ne recevons plus de public dans nos propres locaux, mais directement en agence.

Marie-Ange Belluso : Ce rapprochement ne date pas d'hier, il a commencé dès 2021. Aujourd'hui, la Loi pour le Plein Emploi vient renforcer cette dynamique en l'élargissant à d'autres réseaux comme les Missions Locales. L'idée est de créer un véritable 

Quelles sont les priorités nationales du réseau Cap Emploi aujourd'hui ?

Marie-Ange Belluso : Outre les thématiques récurrentes comme la santé mentale, notre priorité actuelle est la mise en œuvre de la Loi pour le Plein Emploi et l'installation des comités locaux pour l'emploi. Cela nous oblige à nous repositionner : comment réaffirmer notre plus-value et rester visibles au sein de ce nouveau réseau ?

La loi prévoit notamment un accompagnement plus intensif, avec l'objectif de 15 heures d'activité hebdomadaires pour les demandeurs d'emploi. Il ne s'agit pas forcément de travail, mais de démarches actives : ateliers, forums, recherches... L'idée est que le public soit pleinement acteur de son parcours. Pour nous, l'enjeu est de veiller à ce que les personnes en situation de handicap ne soient pas "noyées" dans les feuilles de route territoriales et que leurs besoins spécifiques restent identifiés par tous les acteurs de l'insertion, du social et du médico-social.

François Venturi : C’est un défi ! Rapprocher des structures qui ont des cultures, des expertises et des tailles différentes demande du temps. L'enjeu de ce nouveau Réseau Pour l'Emploi (RPE) est de construire un langage commun. Le but est que chaque acteur — France Travail, Mission Locale, Cap Emploi — apporte sa spécificité au bénéficiaire au sein d'un partenariat qui s'inscrit sur le long terme.

Quelles sont les spécificités de l’accompagnement dans la fonction publique par rapport au privé ?

Marie-Ange Belluso : On observe une évolution : il y a dix ans, quasiment aucun employeur public n'était conventionné. Aujourd'hui, nous en comptons plusieurs en Corse. En conséquence, nous voyons pour la première fois en 2025 une baisse des demandes de maintien dans l'emploi, car ces employeurs internalisent davantage ces compétences.

Concernant l’apprentissage, c'est un dispositif que nous devrions promouvoir davantage dans le public. Bien qu'il soit très bien financé par le FIPHFP, il reste sous-utilisé par rapport au secteur privé.

François Venturi : Dans le privé, l'alternance est vue comme un gain d'efficience immédiat. Dans la fonction publique, il y a peut-être encore un manque de culture sur ce sujet, ou un manque d'intérêt par rapport à d'autres modes de recrutement.

Marie-Ange Belluso : Il y a aussi des freins concrets, surtout en zone rurale ou dans les petites collectivités il faut un agent qualifié pour encadrer l'alternant, ce que les petites structures n'ont pas toujours. Au-delà du tutorat, il y a la question de la mobilité. Pour une petite collectivité rurale, recruter un alternant implique que celui-ci puisse se déplacer ou se loger à Bastia ou Ajaccio pour sa formation. Les anciens contrats aidés permettaient de répondre à ce besoin d'emploi de proximité sans ces contraintes lourdes.

François Venturi : Il y a aussi une réelle incertitude budgétaire. Contrairement au privé qui maîtrise ses coûts à l'année, l'employeur public dépend de budgets d'État parfois décalés. Cette absence de visibilité sur les lignes budgétaires freine les pérennisations ou les nouveaux contrats. Beaucoup d'employeurs préfèrent ne pas prendre de risque plutôt que de devoir annoncer à une personne, au dernier moment, que son poste ne pourra pas être financé.

Existe-t-il des collaborations notables avec des employeurs publics ?

Marie-Ange Belluso : Oui, nous travaillons très bien avec l'Éducation Nationale et certains médecins de prévention. L'employeur public est généralement assez ouvert sur la question du maintien dans l'emploi.

François Venturi : Certains acteurs, comme la DRFiP, sont très proactifs. Ils nous sollicitent pour sensibiliser leurs chefs de service à la détection des "signaux faibles". L'idée est qu'ils puissent aborder le sujet du handicap avant que la situation ne se dégrade. Sur ce point, la fonction publique est parfois en avance, peut-être parce qu'elle mobilise plus facilement des fonds dédiés au maintien que certains employeurs privés.

Marie-Ange Belluso : Nous invitons aussi régulièrement les médecins de prévention à visiter nos locaux, notamment pour découvrir A Chjarina, notre plateforme de prêt de matériel. Cela leur permet de visualiser concrètement les solutions de compensation (ergonomie, outils techniques) que nous pouvons mettre à leur disposition.

Quelles sont les spécificités de l’accompagnement sur le territoire corse ?

Marie-Ange Belluso : La géographie reste notre principale contrainte : le milieu rural et la chaîne de montagnes isolent les bassins d'emploi. La mobilité des publics est un défi permanent. En revanche, la Corse est un territoire à taille humaine. Cette proximité est un atout : quand on connaît bien le réseau, les choses avancent plus vite. On espère que les nouvelles instances du Réseau pour l'Emploi permettront de créer des synergies locales pour lever ces freins historiques.

La prévention de la désinsertion : comment Cap Emploi s’inscrit-il dans cette dynamique ?

Marie-Ange Belluso : Nous travaillons au plus près des services de santé au travail. Nous y tenons des permanences pour recevoir les agents publics et les salariés du privé. Cette présence sur site permet d'éviter la déperdition d'informations et montre aux agents qu'il y a une réelle cohérence entre l'avis médical et l'accompagnement de Cap Emploi.

Quels sont les grands enjeux pour l'avenir ?

Marie-Ange Belluso : L'enjeu majeur reste la détection précoce. Plus on nous sollicite tôt, plus nous avons de chances de réussir un maintien ou une reconversion. Quand on arrive trop tard, les situations sont "enkystées". On finit par faire de l'aménagement "au moins pire" dans l'urgence, alors qu'on aurait pu travailler sur une véritable évolution de poste.

Mais la détection ne suffit pas : il y a tout un travail d'accompagnement sur l'acceptation. Il faut que l'agent soit prêt psychologiquement à reconnaître ses difficultés et à accepter de l'aide. C'est un processus humain qui demande du temps et de l'écoute.

Quels outils pour favoriser cette détection précoce ?

Marie-Ange Belluso : L'entretien de mi-carrière, aussi appelé bilan de parcours professionnel dans le public, est un excellent levier, déjà bien ancré dans le privé et qui gagne à être généralisé dans le public. Les entretiens de pré-reprise sont également essentiels. En réalité, la prévention devrait commencer dès l'embauche : quand on recrute sur un métier physiquement pénible, on sait que l'agent ne pourra probablement pas effectuer toute sa carrière sur ce poste. Il faut donc anticiper son évolution professionnelle dans le plan de développement des compétences.

Quel message souhaiteriez-vous adresser aux employeurs publics corses ?

François Venturi : Mon message est simple : n'attendez pas d'être face à une situation de crise pour nous solliciter. Appelez-nous, même par simple curiosité ou pour une action de sensibilisation. Le partenariat doit s'entretenir sur le long terme. On le voit bien lors des événements du Handi-Pacte : la richesse vient du dialogue entre des services et des métiers complètement différents. C'est ce partage de pratiques qui pousse à l'innovation. Ne laissez pas le lien s'étioler à cause d'un changement d'équipe ou d'organisation.

Marie-Ange Belluso : Nous sommes un service ouvert. Nous accueillons très volontiers les employeurs et les partenaires dans nos locaux pour discuter de nos modes d'intervention, même s'il n'y a pas de besoin immédiat identifié. Nos portes sont grandes ouvertes pour échanger et construire ensemble des solutions durables pour l'inclusion et le maintien dans l'emploi en Corse.

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